Yomawari : Midnight Shadows

 

Deux jeunes filles rentrent d'un feu d'artifice assez tard, alors qu'il fait déjà bien sombre. Rien de plus normal, à ceci près que des sons étranges se font rapidement entendre et qu'un Yokai finit par attaquer l'une d'elles. La seconde, malgré sa peur, va devoir la chercher partout en ville et au-delà, en prenant garde aux divers esprits qui n'hésiteront pas à la tuer...

En gros, vous aurez compris, Yomawari : Midnight Shadows nous plonge dans un bon gros survival horror centré sur la culture japonaise. Un bon programme en vue, donc ? On va essayer de répondre à cette question.

Des joies de l'enfance...

Ambiance horrifico-kawaii

Avec ses personnages en chibi, ses menus en dessins d'enfants, ses graphismes fins mais relativement mignons, Yomawari a tout pour séduire visuellement tout en proposant des éléments assez originaux. En revanche, côté musique, c'est l'austérité pure : rien ! Comme si l'obscurité et le champ de vision réduit n'étaient pas suffisants pour qu'on ait peur d'avancer, il fallait rajouter l'absence de musique.
Idée originale, et réussite totale pour l'ambiance : en laissant le joueur avec seulement les étranges bruits de la nuit et ceux des battements de son cœur (on vous explique plus tard), les développeurs réussissent à créer un fabuleux décalage entre le fond et la forme et provoquent, sinon la peur, au moins un certain stress chez le joueur ; c'est tout de même la base du survival horror.

La forme ne plaira sans doute pas à tous, notamment le chibi, mais le fait est que tout est en parfait accord harmonieux, jusqu'aux démons, esprits, et autres Yokai qui semblent peints. Bien sûr, ce n'est pas tout ce qui va stresser le joueur, loin de là...

Seul dans le noir...

De l'art de provoquer l'impuissance

Le jeu vous met donc dans la peau d'une fillette de 10-11 ans à la recherche de son amie. Autant dire que l'élément central du jeu vous sera sans cesse renvoyé à la figure : vous êtes en effet impuissant devant ce qui vous tombe dessus, en tant que joueur comme en tant qu'avatar. Vos seules armes ? Votre lampe électrique, que vous allumez et éteignez avec le pavé tactile, divers objets à lancer pour divertir l'attention, quelques charmes pour vous faciliter la vie et... C'est tout. Il faudra donc surtout compter sur vos (petites) jambes et votre (faible) endurance pour échapper aux monstres, et parfois ne pas hésiter à vous cacher.

 

Le fait de se cacher montre d'ailleurs que les esprits sont certes effrayants et assez collants, mais qu'ils sont surtout stupides... Cachez-vous dans un buisson, derrière un panneau, ou n'importe où sous leurs yeux, ils passeront à côté en vous cherchant fébrilement. Si la scène est réussie (battements de cœur à tout rompre, grognements et râles sinistres...), on ne peut s'empêcher d'émettre un petit ricanement devant autant de bêtise...

Mais rassurez-vous, le jeu sait distiller ses frayeurs ailleurs, même s'il les gâche un peu tout seul...

Par l'esprit de Poe !

Le Cœur Révélateur

Le jeu est en effet d'abord et avant tout basé sur son ambiance et pas mal de jumpscares (tutoriel, je te hais !), mais vous ne ressentirez jamais plus qu'une certaine gêne dans vos déplacements. En effet, votre cœur semble sorti de la nouvelle d'Edgar Allan Poe tant il vous révèle tout... Le moindre esprit à proximité le fera battre de plus en plus fort à mesure que vous en approchez, vous gâchant toute potentielle surprise, comme un signal à courir sans réfléchir.

Une fonctionnalité certes un peu compréhensible (qui n'a jamais senti son cœur d'affoler au moindre élément étrange et imprévu ?), mais qui réduit régulièrement le jeu à un simple jeu d'aventure avec des esprits. Heureusement que l'ambiance fonctionne à fond, et que le jeu est assez long.

L'histoire est en effet assez longue à se développer, en plus d'être prenante et intrigante, et la zone de jeu est plutôt immense, surtout du point de vue d'une écolière. La ville, la forêt, le barrage, et bien d'autres éléments aux alentours vous attendent. Vous allez avoir de quoi explorer, quitte à vous retrouver face à des esprits pas commodes et décidés à vous transformer en grosse bouillie sanguinolente. Explorer sera de toute façon une certaine nécessité dans la mesure où, hors de votre maison, votre seul moyen de sauvegarder sera d'offrir des pièces aux statues Jizô disséminées ça et là...

Long, stressant, oppressant, Yomawari : Midnight Shadows place le joueur face à sa propre impuissance devant le surnaturel et développe une histoire sombre et prenante, le tout enrobé d'une belle utilisation du folklore japonais. Si le style graphique ne plaira pas à tous, difficile, une fois lancé, de ne pas se dire qu'on est face à une petite perle du genre.

Trailer de lancement